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Chabrier - Mélodies zoologiques

Mélodies zoologiques1

Chabrier (1890)

Ballade des gros dindons

Les gros dindons, à travers champs,
D'un pas solennel et tranquille,
Par les matins, par les couchants,
Bêtement marchent à la file,
Devant la pastoure qui file,
En fredonnant de vieux fredons,
Vont en procession docile
Les gros dindons.

Ils vous ont l'air de gros marchands
Remplis d'une morgue imbécile,
De baillis rogues et méchants
Vous regardant d'un œil hostile:
Leur rouge pendeloque oscille;
Ils semblent parmi les chardons,
Gravement tenir un concile,
Les gros dindons.

N'ayant jamais trouvé touchants
Les sons que le rossignol file,
Ils suivent, lourds et trébuchants,
L'un d'eux, digne comme un édile;
Et lorsqu'au lointain campanile
L'angélus fait ses lents: din! dons!
Ils regagnent leur domicile,
Les gros dindons!

Prud'hommes gras, leurs seuls penchants
Sont vers le pratique et l'utile,
Pour eux, l'amour et ses doux chants
Sont un passe-temps trop futile;
Bourgeois de la gent volatile,
Arrondissant de noirs bedons,
Ils se fichent de toute idylle,
Les gros dindons!

Villanelle des petits canards

Ils vont, les petits canards,
Tout au bord de la rivière,
Comme des bons campagnards!

Barboteurs et frétillards,
Heureux de troubler l'eau claire,
Ils vont, les petits canards,
Ils semblent un peu jobards,
Mais ils sont à leurs affaires,
Comme des bons campagnards!

Dans l'eau pleine de têtards,
Où tremble une herbe légère,
Ils vont les petits canards,
Marchant par groupes épars,
D'une allure régulière,
Comme des bons campagnards!

Dans le beau vert d'épinards
De l'humide cressonnière
Ils vont les petits canards,
Et quoi qu'un peu goguenards,
Ils sont d'humeur débonnaire
Comme des bons campagnards!

Faisant, en cercles bavards,
Un vrai bruit de pétaudière,
Ils vont les petits canards,
Dodus, lustrés et gaillards,
Ils sont gais à leur manière,
Comme des bons campagnards!

Amoureux et nasillards,
Chacun avec sa commère,
Ils vont les petits canards,
Comme des bons campagnards!

Les cigales

Le soleil est droit sur la sente,
L'ombre bleuit sous les figuiers,
Ces cris au loin multipliés,
C'est Midi, c'est Midi qui chante!
Sous l'astre qui conduit le chœur,
Les chanteuses dissimulées
Jettent leurs rauques ululées,
De quel infatigable cœur!

Les cigales, ces bestioles,
Ont plus d'âmes que les violes,
Les cigales, les cigalons,
Chantent mieux que les violons!

S'en donnent elles, les cigales,
Sur les tas de poussière gris,
Sous les oliviers rabougris,
Étoilés de fleurettes pâles.
Et grises de chanter ainsi,
Elles font leur musique folle;
Et toujours leur chanson s'envole
Des touffes du gazon roussi!

Les cigales, ces bestioles,
Ont plus d'âmes que les violes,
Les cigales, les cigalons,
Chantent mieux que les violons!

Aux rustres épars dans la chaume,
Le grand astre torrentiel,
A larges flots, du haut du ciel,
Verse le sommeil et son baume.
Tout est mort, rien ne bruit plus
Qu'elles, toujours, les forcenées,
Entre les notes égrénées
De quelque lointain angélus!

Les cigales, ces bestioles,
Ont plus d'âmes que les violes,
Les cigales, les cigalons,
Chantent mieux que les violons!

Pastorale des cochons roses

Le jour s'annonce à l'Orient
De poupre se coloriant;
Le doigt du matin souriant
Ouvre les roses;
Et sous la garde d'un gamin
Qui tient une gaule à la main,
On voit passer sur le chemin
Les cochons roses.

Le rose rare au ton charmant
Qu'à l'horizon, en ce moment,
Là-bas, au bord du firmament,
On voit s'étendre,
Ne réjouit pas tant les yeux,
N'est pas si frais et si joyeux
Que celui des cochons soyeux
D'un rose tendre.

Le zéphir, ce doux maraudeur,
Porte plus d'un parfum rôdeur,
Et, dans la matinale odeur
Des églantines,
Les petits cochons transportés
Ont d'exquises vivacités
Et d'insouciantes gaîtés
Presque enfantines.

Heureux, poussant de petits cris,
Ils vont par les sentiers fleuris,
Et ce sont des jeux et des ris
Remplis de grâces;
Ils vont, et tous ces corps charnus
Sont si roses qu'ils semblent nus,
Comme ceux d'amours ingénus
Aux formes grasses.

Des points noirs dans ce rose clair
Semblant des truffes dans leur chair,
Leur donnent vaguement un air
De galantine,
Et leur petit trottinement,
A cette graisse, incessamment,
Communique un tremblotement
De gélatine.

Le long du ruisseau floflottant,
Ils suivent, tout en ronflotant,
La blouse au large dos flottant
De toile bleue;
Ils trottent, les petits cochons,
Les gorets gras et folichons
Remuant les tire-bouchons
Que fait leur queue.

Puis, quand les champs sans papillons
Exhaleront de leurs sillons
Les plaintes douces des grillons
Toujours pareilles,
Les cochons, rentrant au bercail,
Défileront sous le portail,
Agitant le double éventail
De leurs oreilles.

Et, quand, là-bas, à l'occident,
Croulera le soleil ardent,
A l'heure où le soir descendant
Ferme les roses,
Paisiblement couchés en rond,
Près de l'auge couleur marron,
Bien repus, ils s'endormiront,
Les cochons roses.

Edmond Rostand, nos. 1 & 4
Rosemonde Gérard, nos. 2 & 3

1This group of four songs has no official title, but were published as four of the six that make the group "Six mélodies." Chabrier did, however, refer to these songs using this name.

Zoological songs

 

Ballad of the big fat turkeys

The big fat turkeys, across fields,
with a solemn and sedate step,
during the mornings, during the sun-sets,
walk stupidly in line.
In front of the shepherdess who spins,
while humming old tunes,
in a docile procession go
the big fat turkeys.

They have the appearance of fat merchants
full of a foolish arrogance,
of roguish and spiteful bailiffs
looking at you with a hostile eye:
their red beard swings;
they seem, among the thistles,
gravely to be holding a council,
the big fat turkeys.

Having never found touching
the sounds that the nightingale sings,
heavy and stumbling, they follow
one of their number, dignified as an aedile;
and as soon as, in the distant bell-tower,
the angelus rings its slow: ding! dongs!
they return to their homes,
the big fat turkeys.

Plump councillors, their only leanings
are towards that which is practical and useful,
for them, love and its gentle songs
are too futile a pastime;
Philistines of the winged kind,
plumping up their big black bellies
they care not a hoot for any idyll,
the big fat turkeys!

Villanelle of the little ducks

They go, the little ducks,
right up to the edge of the river,
like good country-folk!

Dabblers and fidgeters,
happy to stir the clear water,
they go, the little ducks,
they seem a little simple,
but they go about their business,
like good country-folk!

In the water, full of tadpoles,
where a slight weed trembles,
they go, the little ducks,
walking in scattered groups,
at a steady pace,
like good country-folk!

In the beautiful spinach green
of the damp watercress-bed,
they go, the little ducks,
and though somewhat roguish,
they are of happy disposition,
like good country-folk!

Making, in chattering circles,
a veritable anarchical din,
they go, the little ducks,
plump, glossy and hearty,
they are jolly in their own fashion,
like good country-folk!

Loving and nasal,
each with its gossip,
they go, the little ducks,
like good country-folk!

The cicadas

The sun is directly above the path,
The shadow grows blue beneath the fig-trees,
these cries multiplied in the distance,
it is Mid-day, it is Mid-day which sings!
Beneath the sun which directs the choir,
the concealed singers
utter their raucous cries,
with such tireless heart!

The cicadas, these creatures,
have more soul than the viols,
the cicadas, the little cicadas,
sing better than the violins!

They give their all, the cicadas,
on the heaps of grey dust,
beneath the stunted olive-trees,
starred with little pale flowers.
And drunk of singing like this,
they make their mad music;
and unceasingly, their song rises
from the tufts of the russet grass!

The cicadas, these creatures,
have more soul than the viols,
the cicadas, the little cicadas,
sing better than the violins!

To the rustic folk, scattered in the stubble,
the great torrential sun,
in great waves, from high in the sky,
pours sleep and its balm.
All is dead, nothing makes any noise other
than them, as ever, the mad creatures,
between the scattered notes
of some distant angelus!

The cicadas, these creatures,
have more soul than the viols,
the cicadas, the little cicadas,
sing better than the violins!

Pastoral of the pink pigs

The day is heralded in the Orient
colouring itself in purple;
the finger of the smiling morning
opens the roses;
and in the care of a young boy
who holds a stick in his hand,
one sees the pink pigs
passing along the path.

The uncommon pink with a charming hue
which on the horizon, at this moment,
over there, on the edge of the sky,
one sees spreading,
does not cheer the eyes so much,
is not as fresh and as joyful
as that of the silken pigs
of a tender pink.

The zephyr, this gentle marauder,
carries more than one roving perfume,
and, in the morning scent
of the wild roses,
the little pigs, carried away,
have exquisite playfulnesses
and untroubled almost child-like
joyfulnesses.

Happy, squeaking little cries,
they go along the flowered footpaths,
and these are games and laughs
full of charms;
they go, and all these fleshy bodies
are so pink that they seem naked,
like those of innocent loves
with dumpy figures.

Black spots upon this pale pink
seem like truffles in their flesh,
giving them something of the appearance
of galantine,
and their little trotting motion,
to this fat, unceasingly
communicates a trembling
of gelatine.

Along the floflowing stream,
they follow, even while grunting,
the blouse with its wide flapping back
of blue cloth;
they trot, the little pigs,
the fat and frolicsome piglets
stirring the corkscrews
that are their tails.

Then, when the fields without butterflies
breath out, from their furrows,
the gentle plaints of the crickets,
for ever the same,
the pigs, returning to the fold,
will march under the portal,
shaking the twin fans
of their ears.

And, when, over there, in the Occident,
the ardent sun sinks,
at the time when the descending evening
closes the roses,
peacefully lying in a circle,
close to the chestnut coloured trough,
quite replete, they will fall asleep,
the pink pigs.

© translated by Christopher Goldsack

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